Débat: vivre du patchwork en France?

Bonjour à toutes,

Vert Prune a laissé ce commentaire sur la découverte du Simply Moderne 17:

« Merci pour cette présentation. Je suis abonnée depuis le n°1 et j’ai souvent le même questionnement. : en lisant l’article consacré à J. Gering, je constate encore une fois que ce qui est possible aux USA ne semble pas exister chez nous . Je me trompe peut-être, mais je n’ai pas d’exemples de quilteuses qui réussissent aussi bien en France, artistiquement ET financièrement. Des idées ? »

Question très intéressante à laquelle j’ai un peu réfléchi.

Je vous livre mon avis auquel vous pouvez bien sûr ajouter le votre en commentaire!

Je suis les quilteuses américaines depuis un petit moment: elles nous font rêver avec leur modèles, la taille de leur patchwork, la taille de leur atelier, leur stock de tissu…

Au final, vivent-elles toutes du patch, la réponse est clairement non! Je retire du lot quelques stars comme Tula Pink et encore, il faut voir l’implication de sa mère et son frère pour tenir ce business. Beaucoup d’entre elles (ou lui!) gardent un emploi à côté. Ex Mister Domestic garde son travail dans l’industrie pharmaceutique. Certaines tiennent une boutique de patch ou vendent leur services de quilting. D’autres officient en tant que Community Manager de fabricant de tissus ou de fil. Et il reste parfois le cas classique du mari qui a un emploi qui assure les mois creux. Si on reprend le cas de J. Gering, elle a été institutrice pendant longtemps avant de devenir présidente de la Modern Quilt Guild.

Il faut comparer ce qui est comparable! Le marché américain ne ressemble pas du tout au marché français ni même au marché européen (qui est en train de se former).

A la base: le prix du tissu! le prix en dollar est aux environ de 10 dollars, presque 10 euros…. Maintenant, le prix du tissu en Patch en France oscille entre 14 et 22 euros. Quand on achète un Fat quarter en France, elles peuvent acheter un demi-mètre voir le mètre. Aujourd’hui on peut avoir les collections presque en même temps qu’aux USA, presque… A voir chez les fabricants français/européens de se mettre au tissu qualité patch…

Ensuite: le marché. Les USA ont une population totale de 310 millions d’habitants. Le patchwork est pratiqué par bon nombre de femmes, quelque soit le niveau social ou l’origine géographique (rurale/urbaine). Pour rappel, la France compte 67 millions d’habitants. Même si on rajoute les régions francophones, cela ne fait pas la même possibilité de vente (patron ou tissu). Le taux de femmes actives est sensiblement le même aux USA et en Europe. Les Américaines ont l’anglais avec elles. Nous lisons l’anglais mais les Américaines n’iront pas lire les modèles français. En France, le patchwork repose aussi beaucoup sur le bénévolat (club et cours, asso et revue). Mon département comme celui de Paris n’ont pas de déléguée France Patchwork. Beaucoup de femmes travaillent et quand elles sont en retraite, elles quittent la région parisienne…

Continuons sur le style: aux USA, vous pouvez trouver du classique comme du moderne. En France, le moderne a du mal à trouver une grande place (malgré nos efforts!) La couture et matelassage main restent dominants. Les clubs se réunissent en semaine, les jeunes femmes qui travaillent sont évincées. C’est pourquoi j’avais ouvert un blog pour me sentir moins isolée.

La communication: regardez les succès des cours de coutures en ligne ou en boutique! Il faut faire pareil en patchwork, et cela commence. Mais les studios américains sont bien plus équipés que nous. Et côté marketing, ils assurent! regardez le succès du quilt festival de Houston… Nos salons français sont restreints en taille même si la qualité est là!. Les salons en Allemagne montent en puissance, les Anglais essayent aussi de créer de beaux événements (Birmingham).

Les créatrices américaines fonctionnent avec des sponsors...Quand j’ai lancé le Quilt Along des 100 jours , il y a 3 ans, ce fut un parcours de combattant (et en anglais évidemment!!). Le QAL Rhapsodie est bien doté car nous avons toujours bien assuré un retour aux sponsors, que l’expérience fait force.

Pour en revenir au côté artistique, la création prend du temps, il faut du matériel, commencer à se faire un nom, se présenter aux magazines. Un modèle vendu pour une revue ne permet pas de vivre de son art…Et inversement, beaucoup de créatrices françaises ne communiquent pas (donc je ne parle pas des boutiques)! Pas de blog ou de site, de page Instagram ou Facebook, parfois une boutique en ligne (mais avec une interface qui date). Certaines ne vendent qu’au revues et n’existent pas sur la toile. C’est leur choix sans doute. Je pense que leur côté artiste ne va pas avec le côté commercial…

Je livre une expérience: je fais un modèle d’une revue, je me fend d’un message à la créatrice plein d’éloge et lui signifie que j’ai mis un article sur mon blog. Aucune réponse alors que le mail a été lu… sympa? Pour l’avoir fait aussi avec des créatrices américaines, on a toujours un petit mot gentil!

Alors, côté success story française, on peut mettre en avant Cécile Franconie mais je la classe presque plus en broderie qu’en patchwork. Son style plait beaucoup aux Japonaises.

Nous avons aussi Odile Bailloeul (Fabricant Free Spirit), Axelle design (Fabricant Michael Miller ) pour les dessins des tissus. Pour des modèles strictement patchwork, il y a surtout du classique et du country: Nathalie Legendre, Atelier de Barbara, Jubama, Alice and Co, Féeféedille, Géraldine Augusto, Catherine Tourel, Sarahpatch,..(et là je sèche misérablement…pas de lien direct, je ne privilégie personne).

Vivre du patchwork est un défi. J’ai lancé ma micro-entreprise cette année pour vendre des modèles (zavez vu le placement de produit?), faire des démonstrations, des cours. L’administration française est un vrai bonheur au quotidien. J’ai plein de rêves (avoir une Long Arm!) que je réaliserai au fil des années mais pour l’instant je garde mon métier, ce qui empêche aussi de créer autant que je veux…Chaque chose en son temps…

J’espère avoir répondu à Vert Prune. Alors à vous, c’est l’avantage d’un blog! je serai ravie de lire vos commentaires sur ce vaste sujet! (et j’ai oublié la bataille inch/cm)

flèches de la forêt, modèle Atelier de Cocopatch

74 réflexions au sujet de « Débat: vivre du patchwork en France? »

  1. Merci pour cet article intéressant et révélateur sur cette situation et pour les différents commentaires.

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  2. Le constat est clair : en France, nous ne pouvons pas vivre du patch. Les seules qui le peuvent ont des magasins de tissus ou bien, un métier qui vient en complément, ou encore un mari assurant un revenu correct. Notre communauté est malgré tout très restreinte par rapport aux Etats-Unis du simple fait que ce n’est pas ancré dans nos traditions !
    Mais nous ne pouvons pas comparer la France et les Etats-Unis… et je ne suis pas certaine que, outre-atlantique, elles soient bien nombreuses à pouvoir vivre de cette passion ! Même là-bas !

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  3. J’avais un magasin de tissus et mercerie, cours de patch mais les charges et la concurrence via le net et les magasins frontaliers ont eu raison de ma motivation, et surtout de mon compte en banque !!
    Pour en vivre, c’est trèèèès difficile, voire impossible, je ne me payais même pas l’essence…
    Je te souhaite bonne chance, la conjoncture est meilleure en ce moment aussi 😉
    Bisous

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  4. Merci pour cet article qui résume la situation
    Il n est pas aisé de vivre de son art hélas
    Et parfois le découragement fait place au bonheur de créer
    Je résiste car j aime ce que je fais et entre créatrices on se remonte le moral le temps d un salon
    Ou d un post sur fb
    Voilà
    Cordialement
    Catherine Tourel

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  5. les réponses sont plus constructives ici 😉 …Comme je te l’ai dit je ne pense pas que qu’une créatrice puisse vivre de ses créations sans créer tout autour un style bien particulier qui fasse rêver, sans maîtriser les réseaux, et sans e shop . Avec internet, nous devenons de plus exigeants car nous avons accès à des tutos gratuits, aux photographies de quilts anciens…acheter un modele seul ne suffit plus, il faut y ajouter un univers, du rêve… à l’image de l’atelier perdu, Born To quilt ou … être parrainé par Quiltmania 😁
    Concernant la représentation du patchwork en France, je ne suis pas adhérente à France Patchwork . Je ne m’y retrouve pas (même si j’admire les magnifiques ouvrages de Brouage)
    Je n’ai malheureusement pas la solution pour que le patchwork se développe davantage en France…Son image est encore trop ringarde. Malheureusement, sans nouvelle clientèle, il n’y aura pas de nouvelles boutiques…c’est le chien qui se mord la queue… peut être faut il tout remettre à plat ensemble jeunes, moins jeunes, âgé(e)s …moderne, traditionnel , country, japonais…. separer patchwork, art textiles, couture…

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  6. Eh bien, je ne m’attendais pas à cette avalanche de réactions à ma question !
    Tout a été pratiquement dit par Cocopatch ( Corinne?) qui a pris la peine de nous offrir une réponse très détaillée, complétée par vous toutes. C’est très réconfortant de vous lire et j’ai découvert de nouveaux noms d’artistes.
    Je suis patcheuse «  intense » depuis bien longtemps. C’est beaucoup plus qu’un simple loisir mais je n’ai jamais songé à en faire un métier : il me manque certaines qualités comme la patience et la diplomatie !
    Je comprends parfaitement tous les freins « techniques » à une activité non salariée (ayant été moi-même dans ce cas ) . Les artisans, commerçants, libéraux, agriculteurs ont aussi souvent besoin d’un revenu de sécurité, assuré par un travail fixe ou par l’un des conjoints. Les horaires à rallonge, les paperasseries administratives etc …. sont les mêmes pour tous. Je pense qu’il est difficile de créer en tenant une boutique ou une entreprise. Et je suis d’accord avec tous les autres arguments comme le prix du tissu, l’anglais etc…..mais ces difficultés peuvent être contournées.

    Au-delà de toutes ces considérations matérielles, je voulais souligner qu’il y a peu d’artistes françaises présentes aux grandes expositions de patchwork ( je ne parle pas d’art textile, que je connais beaucoup moins). Les anglophones ont l’avantage du nombre, c’est un fait incontournable. Mais les Japonaises, Coréennes, Suisses, Allemandes, Hollandaises, Australiennes…. sont présentes partout, que ce soit en traditionnel ou en contemporain. Comment peut-on l’expliquer ?

    -Peu de quilts proposés aux sélections ? Peu de quilts sélectionnés ?

    -Trop de modestie ? Le patch c’est un loisir désuet, de bonne femme et même de mammy, et surtout pas une activité artistique. D’accord, c’est l’idée générale. Mais peu de patcheuses se présentent comme artistes ou osent se mettre en valeur. Bon c’est vrai, il vaut mieux rester à sa place,comme le dit Véronique Badin. Mais j’ai visité les sites des artistes signalées par Dominique, et elles affichent clairement leur statut.

    -Le monde du patch en général est sympathique, convivial, bénévole …….. mais comment dire ?…. Statique ? J’habite prés de l’Allemagne et de la Suisse. J ‘idéalise peut-être , mais il me semble que les ateliers, les quilteuses, les expositions y sont plus libres, plus audacieux, plus jeunes, plus dynamiques. J’y trouve un esprit critique positif et bienveillant, bien rare vers chez moi ! Et on accepte de payer plus facilement certaines choses, comme le dit Nadine.
    J’en reviens à mon idée de départ : les américaines ( ou d’autres?) sont vraiment douées pour associer artistique et business souvent sous forme d’une entreprise familiale ( cf Angela Walters, Nancy Crow, Quiltville, etc……) Mais n’est – ce pas aussi le cas de nombreuses entreprises familiales, petites ou grandes , dans notre pays.
    Pour terminer, je me joins à Joëlle pour vous dire :
    accrochez-vous les filles, j’admire votre persévérance, votre ténacité; merci pour cet article.

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  7. Je réponds à Vert Prune :j’avais dit qu’il faut rester à sa place? J’aimerais déjà bien savoir quelle est ma place! 😉 Déjà en tant que formatrice il est difficile d’être rémunérée car le patch à généralement sa place dans les associations, où on a la culture du bénévolat. Obtenir un salaire est compliqué, Et je ne parle même pas d’un « vrai » salaire. Alors en tant que créatrice! Peut on s’ auto déclarer artiste? Je tire mes revenus de mes activités de patcheuse et couturière mais ça ne fait pas un salaire, en fait le patch vit au crochets de nos conjoints! Peut être faudrait il tenter une nouvelle association nationale, si ce n’est pas contre productif. Vraiment je n’ai pas de solution.

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  8. Sujet très intéressant, je pense que quelque soit le pays il faut se faire connaître, la communication est primordiale mais pouvoir vivre de son art n’est pas donné à toutes
    Même ici, mes collègues me demandent pourquoi je ne vend pas mes réalisations, mais les personnes ne sont pas prêtes à payer le prix réel
    Bon weekend

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  9. Ohhhhhhh nonnnnnn!!!!! Quel dommage!…encore une grande perte pour nous toutes…comme pour le Rouvray……comme c’est triste…..merci de l’info…. snifffff

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  10. Pas certaine que votre article soit objectif concernant les créatrices ! Il y en a plusieurs qui sont connus aux USA .. Espagne Italie ! Je crois que c est pour cela que le patch ne percera jamais vraiment en France …il y a un petit noyaux qui sont trop dans le je sais tout et c est moi qui l a fait. ..trop de mesquinerie , de jalousie il n y a pas de tolérance en France .. dans votre liste vous avez quand même oublié Veronique Réquéna qui pour moi a fait connaître le country … l atelier perdu qui a sorti plusieurs collections de tissu .. les secrets de Marie qui participe activement aux salons en France Angleterre ! Qui a même offert un magnifique quilt à patch en Luberon …mais de cela qui en a parlé .
    Ce sont les mentalités qu il faudrait changer avant tout

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  11. bonjour Marie, je ne pense pas être subjective mais juste « ignorante » car je ne me reconnais pas dans le style country. Vous êtes tombée sur une fan de patchwork moderne mais qui apprécie toujours le classique et le fait main.
    Cet article n’était pas fait non plus pour rédiger l’histoire du patch en France. Tant mieux si vous ajoutez à la liste « Les secrets de Marie » puisque j’avais laissé aux lectrices de ce blog la possibilité de le faire. Personnellement, je souhaite justement restée loin des querelles et jalousies dont vous parlez… Avez vous un blog, un compte Instagram?

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  12. Il y a un point que vous n’abordez pas.
    Qui considère en France, le patch comme un art ?????
    J’ai un mari qui a fait de l’aquarelle, pastel et fusain, maintenant il est passé au modelage, sculture. A chaque fois que nous avons du monde à la maison ils sont tous en admiration devant ces réalisations. Et de renchérir « tu devrais exposer » ….. Moi je fais du patch depuis 15 ans, quelques compliments mais le plus souvent : TU EN FAIS QUOI ????? quand on ne me dit pas : OUI DE LA RECUP.
    La différence avec les états unis, c’est qu’il a des écoles et des profs.
    Voilà j’ai roulé ma petite pierre …….

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  13. C’est la même chose aux États-Unis. La courtepointe n’est pas facilement acceptée comme art. Quand je dis aux non-initiés que je fais de la courtepointe on me répond « you make blankets? » (tu fais des couvertures?)

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  14. oui, vous avez parfaitement raison! et j’imagine la tête des banquiers quand l’une de nous veut s’équiper en matériel de couture! merci pour votre pierre qui complète bien le débat!

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  15. j’y travaille à ma petite échelle mais en tout cas, je pense que l’on avancera mieux avec de la tolérance et de la coopération entre créatrices elles-mêmes comme ce qui se fait dans le monde de la couture.

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  16. je me souviens Denise! Et tu as su toujours rester une fidèle lectrice même si nos styles sont différents! encore une fois, ouverture et tolérance entre les styles sont importants!

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